Selon le calendrier chinois, nous sommes rentrés dans la saison de l’hiver depuis début novembre. Cette saison reliée aux Reins est le moment où il faudrait ralentir, tout comme la nature, « hiberner », comme certains animaux, laisser la sève redescendre au coeur de la Terre, s’endormir et reconstruire notre énergie vitale pour le moment du fleurissement au printemps.

Nos vies ne nous permettent pas beaucoup cette pause. Cependant la méditation, et particulièrement en forme assise peut être un outil pour s’accorder des moments d’arrêt, des instants pour apaiser l’esprit, en quelque sorte prendre des temps « d’hibernation  éveillée » à l’intérieur de soi.

Les principes de base de la Méditation chinoise

La méditation permet de se relier avec tout, sauf soi même. C’est à dire qu’avec le temps dans cette pratique, on va mieux percevoir  le « Tout » autour de soi, on va faire un avec lui, et se décentrer de soi pour essayer de trouver un autre angle de perception intérieure, une vision plus instinctive, plus en accord avec notre nature originelle.

Notre intuition profonde est parfois plus juste que notre volonté sur comment agir. La méditation permet de la laisser surgir et ensuite d’harmoniser les deux versants, intuition et volonté. Car il ne s’agit pas de rentrer dans la grotte, s’isoler et vivre en marge de la société. Au contraire, méditer permet d’être encore plus présent dans notre vie sociale, familiale, sentimentale, tout en essayant d’y garder une profonde sérénité, pour traverser au mieux les évènements de nos vies.

Lao Tseu, philosophe taoïste, nous dit qu’il faut trouver son « Ming », ou destin, du Ciel et s’éloigner de celui de son éducation, de ses parents. Trouver sa voix propre  mène à l’interrogation, pour les taoïstes l’interrogation se découvre dans la pratique de la méditation.

Le processus de la Méditation chinoise

Le processus en marche pendant la méditation est très simple. Le plus difficile est de laisser faire, d’accepter que cela prenne du temps. Pas une durée précise de méditation à « tenir » pour en obtenir les fruits, mais plutôt comprendre que c’est comme un apprentissage sur soi même, qu’il n’y a pas un but final. On évolue en permanence, et  cet outil est comme un compagnon de route qui va nous aider, nous accompagner.

Donc on va s’assoir et c’est tout. Oublier la tête et nourrir le Dantian du  ventre, lieu de la force qui contient le Jing, l’essence. A ce moment là, le Shen, l’Esprit, va aller trouver l’égo, la connaissance et les descendre dans le ventre, dans les Eaux Primordiales du ventre, qui sont reliées aux Reins, et de là vont surgir tranquillement les réponses. C’est pour cela qu’en méditant on agit aussi sur la santé et sur le sang, fluide corporel qui touche à l’ancestral. On agit également sur l’esprit: les pensées s’apaisent, elles sont toujours là, il ne s’agit pas de ne plus avoir de pensées, mais elles sont moins présentes. Et à travers cet apaisement de l’esprit, on va changer le corps, sans agir avec sa volonté. Éloigné de la volonté, le Qi, l’énergie, peut librement circuler à l’intérieur du corps, nourrir ce qu’il y a à nourrir et entretenir l’harmonie entre l’esprit et le corps. En somme la méditation est une structure qui va nous servir à lâcher prise, y compris la structure même.

Méditer c’est:

  1. s’assoir
  2. observer la respiration
  3. s’éloigner des pensées et se détacher un peu chaque jour de choses auxquelles on est attaché
  4. laisser l’énergie environnementale du Ciel et de la Terre circuler librement.

Ce processus permet:

  • de s’observer soi même
  • de s’oublier soi même
  • de communiquer et recevoir l’énergie de l’Univers tout entier.

La méditation est comme une retraite, en s’abandonnant on se rapproche de la spontanéité et de la nature, c’est un puissant outil alchimique pour communiquer avec l’Univers, qui dit alchimie dit transformation. Cette transformation renforce notre être tout entier, tout en nous reconnectant avec notre nature originelle. Car le but n’est pas de se déconnecter de notre vie présente, au contraire, le but est de retrouver une certaine spontanéité, de prendre les bonnes décisions, d’être plus serein et plus fort face à notre vie dans son entièreté.

Exercice de méditation assise

Asseyez vous sur une chaise ou un zafu, coussin de méditation, les mains posées sur les genoux, coudes relâchés.

  • Sur la chaise, essayez de ne pas vous adosser. Pour cela avancez vous sur l’avant de la chaise, gardez les pieds bien à plats, les talons à l’aplomb des genoux, les cuisses dans le prolongement des hanches. Si cette position ne vous est pas confortable, reculez le coccyx dans le fond de la chaise et adossez vous.
  • Sur le zafu, asseyez vous en tailleur, un peu sur l’avant du coussin de sorte que les genoux reposent sur le sol, et qu’ils soient en dessous du nombril.  Les pieds ne sont pas forcément croisés l’un sur l’autre, mais plutôt l’un devant l’autre.

Ensuite construire la posture du dos, pour au maximum libérer les tensions et pouvoir rester dans la posture sans force:

  • rentrez légèrement le menton, avec la sensation que la tête pousse délicatement le Ciel
  • laisser le coccyx fondre et se reposer vers la Terre.
  • Le dos n’est pas droit. Sensation d’avoir comme une légère demie lune en rond dans le dos.
  • essayez de ressentir comme un bambou à l’intérieur du buste, au milieu, sur lequel sont alignés, la tête, le coeur et le ventre. Ce bambou est souple, et évidé pour laisser librement circuler, l’air, le Qi et la respiration.

Avant de démarrer il est préférable de faire deux petits exercices de préparation: le premier pour délier le dos, le deuxième pour libérer les toxines et calmer la respiration.

Exercice 1: les spirales de la colonne vertébrale

En commençant par le coccyx effectuez des petits mouvements de spirales le long de la colonne vertébrale. Le mouvement monte depuis le bas de la colonne jusqu’au sommet de la tête, comme si chaque vertèbre pouvait s’enrouler autour du bambou interne. Arrivé au sommet de la tête, redescendez jusqu’au coccyx. Effectuez plusieurs allers retours, gardez une respiration naturelle et surtout, travaillez avec la sensation, plus qu’avec la volonté physique de faire le mouvement. Sentez chaque vertèbre se délier et la colonne vertébrale retrouver sa mobilité sur tout son trajet. Essayez de changer de sens les spirales plusieurs fois pendant l’exercice.

Exercice 2: la respiration de purification

Inspire: avec le nez. Sensation que 10 mille rayons du soleil rentrent à l’intérieur du corps pour le nourrir en profondeur

Expire: avec la bouche. Sensation que les toxines, sous forme de fumée grise, sortent.

Faites une série de 9 respirations, puis une pause de quelques respirations naturelles. Vous pouvez faire 1 à 3 séries. A la fin prenez un temps d’observation du corps, des pensées et de la respiration, gardez la sensation que tous ces rayons du soleil sont à présent concentrés dans le ventre comme un trésor très précieux.

La méditation

  • A présent, restez dans la posture assise, en observant cette posture.
  • Puis quand vous sentez que vous avez retrouvez le calme, observez votre respiration, sans la changer.
  • Ensuite imaginez en sensation que vous êtes assis au milieu de l’Univers, que vous êtes rempli et mélangé avec cet Univers, que vous respirez avec lui.
  • Essayez de vous détacher de vos pensées, tranquillement, sans mettre en action votre volonté. On dit que les pensées passent dans le Ciel comme les nuages, ou bien qu’elles glissent comme l’eau sur les plumes du paon.
  • Et là laissez faire le Qi, il circule librement dans tout le corps, et vient faire son travail, libérer ce qu’il y a à libérer, nourrir ce qu’il y a à nourrir, apporter sa force en profondeur.

Avec le temps, les tensions se relâchent, tensions physiques mais aussi psychologiques, sans les nommer intellectuellement. Relâcher les tensions, c’est permettre à nouveau au Qi de circuler dedans pour dénouer ces noeuds. Cultivez les sensations comme dans un rêve éveillé, pour éviter de mettre en action la volonté, et laissez surgir votre intuition profonde.

Restez le temps que c’est agréable, sans force.

Massages de fin

  • avant de quitter la méditation prenez 2 à 3 respirations profondes et conscientes
  • frotter les mains pour les chauffer, et faites quelques frictions sur le visage
  • faites des percussions légères sur tout le corps
  • faites 9 grands cercles sur l’abdomen autour du nombril, les deux mains l’une sur l’autre, en montant à droite et descendant à gauche
  • frictionnez vigoureusement les lombaires avec le plat des mains, sensation de deux grandes flammes qui montent dans le dos pour chauffer les Reins en profondeur.